Il y a une justice tranquille dans le fait que Michel Pagliaro et François Cousineau soient entrés au Panthéon le même soir. L’un a écrit le riff que tout le Québec reconnaît en trois notes. L’autre a écrit les mélodies que tout le Québec chante sans savoir de qui elles sont.
C’était le 17 novembre 2025, à l’Espace St-Denis, pour la deuxième édition québécoise de la série Légendes du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens. Quatre intronisés : Pagliaro, les sœurs Kate et Anna McGarrigle, l’artiste innu Florent Vollant, et le pianiste-compositeur François Cousineau. Anne-Marie Withenshaw animait.
Pag, ou l’art de ne pas se prendre pour un autre
Daniel Boucher a ouvert la soirée avec L’espion. Jonathan Roy a livré sa version de Lovin’ You Ain’t Easy. Puis Roch Voisine — ancien compagnon de tournée — est venu introniser celui qu’il a qualifié de trésor national.
Pagliaro a répondu comme Pagliaro répond : peu de mots, beaucoup de fond. Il a rappelé qu’on n’accomplit à peu près rien tout seul, qu’il y a toujours des amis autour, qui font de la musique avec toi — et que la plupart ne sont plus là. Il est, a-t-il dit, presque le dernier qui reste.
Rappelons ce que ça veut dire, « Pag ». Premier artiste canadien à placer des succès dans le palmarès top 40 francophone et anglophone. L’espion, Les bombes, J’entends frapper. Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène en 2008. Sa chanson J’entends frapper était déjà entrée au Panthéon — en 2010, à titre de chanson. Quinze ans plus tard, c’est l’homme qui franchit la porte.
Cousineau, l’architecte invisible
François Cousineau, lui, n’a jamais eu de lunettes d’aviateur ni de mine patibulaire. Il a fait autre chose : il a écrit la musique de chansons portées par Diane Dufresne, Robert Charlebois, Céline Dion et Jean-Pierre Ferland. Émilie-Claire Barlow a interprété son classique J’ai rencontré l’homme de ma vie en version jazz-samba, et c’est son amie Diane Juster qui l’a intronisé, en soulignant le travail de l’homme au sein des associations qui protègent les créateurs.
Ce détail-là est l’histoire au complet. Dans la chanson québécoise, il y a ceux qu’on voit et ceux qui bâtissent la maison. Pagliaro a passé sa vie sur la scène; Cousineau a passé la sienne dans les conseils d’administration à s’assurer que les gens sur la scène soient payés. Le Panthéon les a fait entrer par la même porte.
Et pour finir, un coup de masse
La soirée s’est terminée avec Marie-Mai et Steve Hill livrant J’entends frapper. Cinquante-quatre ans après sa sortie, le riff faisait encore lever une salle.
À MagnetoFun, on a donné le nom de cette chanson à notre palier le plus complet. Ce n’était pas un hasard. Quand on entend frapper, on ouvre.
Sources : Magazine SOCAN / Paroles & Musique, La Presse, Le Devoir, Radio-Canada, FamilleRock.com, preste.ca.